Couchée dans les herbes hautes par cette froide nuit de mars, Je regardais la lune ronde et claire entourée d’étoiles J’entendis un oiseau,
Son chant annonciateur était troublant,
Le vent se leva, puis au loin
Les cris déchirant de la mort
Je me suis mise à courir, de manière irrésistible Comme attirée par une force invisible
Elle était là, toute vêtue de blanc
Sa robe tachée de son sang
Un ogre lui serrait la gorge
Ses serres se resserraient sur son cou éclairé par la lune La colombe n’avait plus de voix
J’ai mis la main au sol par instinct
J’ai saisi ce qui était à ma portée
Je me suis avancée vers l’homme qui était de dos
Je l’ai frappé à la tête pour qu’il lâche sa proie
Il s’est écroulé sur le côté
Je me suis penchée sur la femme vêtue de blanc
Elle ne respirait plus
L’oiseau vint se poser à ses côtés
C’est là que je me suis aperçue que j’étais trois

Les Filles de la Mer est une écriture contemporaine mêlant théâtre, danse et performance, qui a comme thématique quatre femmes issues de différentes parties du globe (Asie, Afrique et Europe), de différentes cultures, avec de différentes histoires, qui vont pour des raisons différentes, migrer. Leur chemin vont se croiser en France dans une histoire de viol et de meurtre.
La mer étant l’élément commun à ces vies singulières. La notion d’insularité géographique aussi bien que symbolique est un des éléments de recherche de la dramaturgie.
De l’espace vers le mouvement, notre autre élément de recherche se penche sur la notion de départ réel ou rêvé, mouvement migratoire des âmes. Migrer, se déplacer d’un point à un autre, une direction reliant des inspirations différentes, toutes convergentes vers un Autre possible. De soi vers l’Autre, une quête identitaire, sociale et culturelle au plus intime de nous même.
Le spectacle interroge tout d’abord, le rapport des femmes avec la société d’aujourd’hui dans un paysage social panaché. Nous questionnons nos appartenances, d’une part singulières, liées à des contextes culturels d’origines, et d’autre part universelles, liées à notre condition féminine.
Nous interrogeons nos corps, dépositaires des cultures, témoins Midèles de nos traversés. Ces corps qui parlent au monde et qui englobent nos âmes. Glisser sous la peau, chercher un geste pour atteindre la lune, remuer la mer qui est en nous et à la fois nous faire renverser dans un naufrage intérieur qui repousse les frontières de notre anatomie. Chorégraphie du dedans vers le dehors, du dehors vers l’intérieur, vers soi, vers toi. Naufragées de nous même.

Nous interrogeons aussi le contexte naturel, qui nourrit nos vies et nos imaginaires. Tout particulièrement, avec Les Filles de la Mer, c’est avec les notions d’insularité et de mer que nous questionnons notre environnement, son impact réel dans notre survie autant que son impact symbolique dans la formation de nos identités.
La mer nous éloigne du continent mais elle nous relie à l’inMiniment vaste, dans l’immensité des possibles qui nous sont donnés à voir par notre imagination.
Le procès, en voix off, est la grille dramaturgique qui tire les lignes d’un récit en fond de toile. Le procès structure le discours qui nous incrimine et dévoile les faits dans leur plus objective lucidité. Suspendues sous la grille de ce récit, se trouvent des bulles de respiration poétique qui creusent l’abcès pour nous inspirer dans une théâtralité de la matière, de la chorégraphie, du rêve. Le geste poétique glisse entre les mailles du discours en déMiant la raison pour faire éclater les verrous de l’imaginaire.
La partition chorégraphique participe à la création des personnages univers. Par la danse et le geste poétique chaque personnage fait naître un monde singulier avec son propre rythme et son état dominant. Chaque personnage danse avec une esthétique singulière portée par des corps contemporains, des femmes d’âge et de formation différente. C’est avec ces singularités que le choeur chorégraphié prend forme dans des moments clés du récit.
La scénographie circulaire, offre une perspective unique et stimulante, créant une expérience théâtrale immersive et captivante. Chaque personne du public est au coeur même du procès, et voit son reMlet dans celle d’en face, créant ainsi une expérience partagée d’où émane une énergie de groupe qui circule différemment.

